Une feuille de prise de notes Cornell se reconnaît à deux traits : une colonne de 6 cm à gauche, une bande de 5 cm en bas. Ce qui la rend utile se passe après le cours ou la réunion, quand on pose une feuille blanche sur les notes et qu'on essaie de répondre de mémoire aux questions écrites dans la marge.
Walter Pauk, professeur de sciences de l'éducation à l'université Cornell, a décrit cette mise en page dans How to Study in College, paru en 1962 chez Houghton Mifflin et réédité jusqu'aux années 2010 (notice Open Library). Le centre d'aide à l'étude de Cornell renvoie toujours au chapitre 10 de la dixième édition (2010). La méthode a été pensée pour des étudiants ; elle se transpose sans peine à une réunion, à un entretien ou à une formation.
La méthode Cornell, pas à pas
La page a trois zones. La colonne de droite, la plus large, reçoit les notes prises pendant l'écoute. La colonne de gauche reste vide sur le moment : vous y écrirez plus tard des mots-clés et des questions. La bande du bas accueille un résumé de deux ou trois phrases.
Pauk associe à cette page une routine en cinq temps :
- Noter. Pendant l'écoute, écrivez à droite en phrases courtes et abrégées, avec vos mots. Sautez une ligne entre deux idées pour pouvoir compléter.
- Réduire. Le jour même, écrivez à gauche, en face de chaque bloc, un mot-clé ou une question dont le bloc est la réponse : « Budget ? », « Qui valide ? ».
- Réciter. Cachez la colonne de droite. Lisez chaque question et répondez à voix haute, puis vérifiez.
- Réfléchir. Notez ce que ces informations changent pour vous : une décision à prendre, un lien avec un autre dossier, un point sur lequel vous n'êtes pas d'accord.
- Réviser. Écrivez le résumé du bas, puis revenez à la page quelques minutes de temps en temps, en commençant par la colonne de gauche.
La plupart des gens s'arrêtent à la première étape et gardent seulement la mise en page. Les études citées plus bas laissent pourtant penser que la troisième étape fait l'essentiel du travail.
Un exemple de prise de notes Cornell
Voici la page d'une réunion de lancement fictive, la refonte du site d'un cabinet de conseil. La colonne de droite a été remplie pendant la réunion, la colonne de gauche et le résumé dans le quart d'heure qui a suivi. Les chiffres sont inventés pour l'exemple.
| Mots-clés et questions | Notes |
|---|---|
| Pourquoi refaire le site ? | Site actuel 2019, illisible sur mobile. 70 % des visites sur tél. (chiffre du client, à vérifier ds les stats). |
| Budget ? | Enveloppe 12 k€ HT. ≠ maintenance, budget séparé. |
| Délai ? | En ligne avt salon pro de mars → maquettes validées fin déc. au plus tard. |
| Qui valide ? | Claire (associée) valide les maquettes. Paul fournit textes + photos. |
| Points ouverts | ? Blog conservé ou non. ? Version anglaise, à chiffrer à part. |
| Résumé : refonte pour le mobile, 12 k€ HT, en ligne avant mars. Claire valide, Paul fournit les contenus. Restent à trancher le blog et la version anglaise. | |
Deux semaines plus tard, quelqu'un demande qui valide les maquettes. La réponse se trouve en parcourant la colonne de gauche, sans relire la page.
Tracer une feuille Cornell sur papier ou sur Word
Inutile d'acheter un cahier spécial ou de chercher un modèle à télécharger. Sur une feuille A4, tracez un trait vertical à 6 cm du bord gauche, puis un trait horizontal à 5 cm du bas, soit environ six lignes sur un cahier à grands carreaux. Ces mesures ne sont pas une norme : élargissez la colonne si vous écrivez gros.
Pour un modèle imprimable dans Word, comptez deux minutes :
- Insertion > Tableau : un tableau de 2 colonnes et 2 lignes.
- Clic droit dans la première colonne > Propriétés du tableau > onglet Colonne : largeur 6 cm. Avec les marges par défaut de 2,5 cm, la seconde colonne garde environ 10 cm.
- Même fenêtre, onglet Ligne : donnez à la première ligne une hauteur de 19 cm, ce qui laisse un peu plus de 5 cm à la seconde sur une page A4.
- Sélectionnez les deux cellules du bas, puis onglet Disposition > Fusionner les cellules (sur Mac, l'onglet s'appelle Mise en page, à côté de Création de tableau ; voir l'aide Microsoft).
- Fichier > Enregistrer sous, type Modèle Word (.dotx), pour repartir d'une page vierge à chaque fois. Imprimez-en une dizaine d'avance.
Le nom exact des onglets varie un peu selon la version de Word. Un tableau à deux colonnes fait le même office dans Google Docs ou dans une application de notes qui gère les tableaux.
La méthode Cornell est-elle efficace ?
Moins prouvée qu'on ne le lit souvent. La méthode a plus de soixante ans et elle est enseignée partout, mais les essais contrôlés qui la comparent à d'autres façons de noter sont rares et souvent petits.
L'un des plus récents a été publié en 2025 dans Frontiers in Psychology (Yıldırım, 2025). 134 futurs professeurs des écoles ont été répartis au hasard entre quatre méthodes pendant cinq semaines : Cornell, deux colonnes parallèles, notes numériques et phrases simples. Juste après le cours, aucun groupe ne faisait mieux qu'un autre. Au test de rétention, le groupe Cornell battait le groupe « phrases simples », et lui seul ; il ne se distinguait pas des deux autres méthodes. L'auteur conclut lui-même que les écarts sont limités.
L'étape « réciter » repose en revanche sur un effet bien établi. Dans une expérience de Roediger et Karpicke (Psychological Science, 2006), des étudiants qui avaient relu un texte plusieurs fois s'en souvenaient mieux cinq minutes après que ceux qui s'étaient testés de mémoire. Une semaine plus tard, l'avantage passait aux seconds. La colonne de questions de Cornell est une façon commode de se tester.
À notre avis, si vous ne gardez qu'une chose de la méthode, gardez ce geste : cacher les notes et répondre aux questions de la marge. Une jolie page à trois zones que vous ne relisez jamais ne vous apprendra rien de plus qu'une liste.
Méthode Cornell ou méthode par plan ?
La méthode par plan range chaque idée sous celle qui la contient : titres, sous-titres, retraits (I, A, 1). Elle va vite quand l'orateur suit lui-même un plan, comme dans un cours magistral ou une présentation préparée, et elle se tape très bien au clavier.
Choisissez le plan quand vous devez suivre un exposé structuré et que vous relirez peu. Choisissez Cornell quand vous devrez réviser ou retrouver une information précise des semaines plus tard. Rien n'empêche de combiner les deux : prenez vos notes en plan dans la colonne de droite, et ajoutez les questions et le résumé après coup. C'est ce que nous conseillerions à un étudiant.
Deux cas échappent aux deux méthodes. Une réunion qui compare des devis ou des fournisseurs se note mieux dans un tableau préparé à l'avance, une colonne par option et une ligne par critère : les cases vides montrent les questions à poser. Un remue-méninges où les idées partent dans tous les sens se prête mieux à une carte mentale, le sujet au centre et les idées en branches.
Abréviations pour la prise de notes
L'Office québécois de la langue française publie une liste d'abréviations et de signes pour la prise de notes, rédigée pour les réunions. Elle rappelle que la prise de notes n'obéit à aucune règle stricte : chacun finit par construire son propre code. Voici les formes de cette liste qui reviennent le plus souvent.
| Abréviation ou signe | Sens |
|---|---|
| qqch, qqn, qq | quelque chose, quelqu'un, quelque(s) |
| bcp ou bp | beaucoup |
| cad | c'est-à-dire |
| tt, ts, tte, ttes | tout, tous, toute, toutes |
| tjrs, svt, qd | toujours, souvent, quand |
| ac, ds, ms, pr | avec, dans, mais, pour |
| pcq, pdt, pê | parce que, pendant, peut-être |
| ns, vs | nous, vous |
| ex., cf | exemple, se reporter à |
| t ou nt en finale | la terminaison -ment |
| ct, mt, lt | court, moyen, long terme |
| OJ, RV | ordre du jour, rendez-vous |
| →, ← | donc ; découle de |
| ↑, ↓ | hausse, baisse |
| =, ≠, ~ | égal, différent, équivalent |
| >, < | plus grand que, plus petit que |
| * | important |
| 0 | aucun, pas de |
Deux formes de la liste ont plusieurs sens. « ss » y vaut à la fois « sans » et « sous », et « vs » y signifie « vous », alors que beaucoup de lecteurs y verront « versus ». Pour le point d'interrogation, l'OQLF donne « pourquoi » ; en réunion, nous préférons l'utiliser pour « question ouverte, à vérifier ». Choisissez un sens pour chaque forme et gardez-le, surtout si d'autres liront vos notes.
Ajoutez les sigles de votre métier et les initiales de vos clients, puis arrêtez-vous là. Une abréviation inventée pendant la réunion est souvent illisible le lendemain, même pour celui qui l'a écrite.
À la main ou au clavier ?
L'étude que tout le monde cite est celle de Mueller et Oppenheimer, « The Pen Is Mightier Than the Keyboard », parue en 2014 dans Psychological Science. Dans leurs trois expériences, les étudiants qui notaient sur ordinateur recopiaient davantage mot pour mot et répondaient moins bien aux questions de compréhension que ceux qui écrivaient à la main.
En 2021, une équipe menée par Heather Urry a refait la première expérience à l'identique, dans la même revue (« Don't Ditch the Laptop Just Yet »). Elle retrouve le premier résultat : au clavier, on note plus de mots et plus de mots exacts. Elle ne retrouve pas le second : sur ses 142 participants, la main ne fait pas mieux au quiz, et une mini méta-analyse de huit études proches va dans le même sens. Comme dans la première expérience de 2014, les participants passaient le quiz sans avoir pu relire leurs notes.
Le clavier n'est donc pas condamné, mais la transcription mot à mot reste un piège. Si vous tapez, forcez-vous à reformuler. La main, plus lente, vous y oblige d'elle-même. Pour le reste, choisissez selon l'usage : le clavier pour des notes à chercher ou à partager, la main quand un écran entre vous et votre interlocuteur serait gênant.
Prendre des notes en réunion quand on doit aussi participer
Si quelqu'un d'autre peut noter, confiez-lui la tâche, de préférence une personne qui n'anime pas. Si c'est à vous, vous ne pourrez pas tout écrire et parler en même temps : réduisez ce que vous notez au strict nécessaire.
Avant la réunion, recopiez l'ordre du jour sur la page, un point par bloc, avec de la place sous chacun. Pendant la réunion, ne notez que trois choses, chacune marquée d'une lettre en marge : D pour une décision, A pour une action, ? pour une question restée ouverte. Pour une action, il faut trois informations : quoi, qui, pour quand. « Envoyer le devis » ne suffit pas ; « Paul envoie le devis vendredi », si.
Quand vous prenez la parole, posez le stylo. Vos propres engagements, vous les noterez juste après, pendant que quelqu'un d'autre parle ou entre deux points de l'ordre du jour. Reformuler à voix haute aide aussi : « Je note : Paul envoie le devis vendredi, c'est bien ça ? » vous donne le temps d'écrire et règle les malentendus sur le moment.
Gardez deux minutes à la fin pour relire les décisions et les actions à voix haute. Puis, le jour même, complétez les mots abrégés et les noms qui manquent : une semaine plus tard, « voir avec C. pr budget ? » ne voudra plus rien dire. Ces notes deviennent ensuite le compte rendu ; notre guide Compte rendu de réunion : ce qu'il doit contenir, et un modèle montre comment passer des lettres D, A et ? à un document que les participants liront.
Quelle application de prise de notes ?
Pour la plupart des besoins, celle que vous avez déjà suffit. Le choix dépend de ce que vous ferez des notes ensuite.
Le papier reste le plus simple en réunion en face à face et pour la méthode Cornell, dont l'étape « réciter » consiste à cacher une partie de la page. L'application de notes installée d'office sur votre téléphone suffit pour des listes d'actions et des notes courtes que vous voulez retrouver par recherche. OneNote convient si vous écrivez au stylet sur une tablette ou si votre entreprise travaille déjà avec Microsoft 365 : ses pages libres acceptent texte, dessin et tableaux. Notion sert surtout quand les notes doivent devenir des documents partagés ou des bases organisées par projet, au prix d'un temps d'installation que des notes personnelles ne justifient pas.
Notre conseil : ne changez d'outil que le jour où vous n'arrivez plus à retrouver une note. Si vous pensez plus vite que vous n'écrivez, la dictée peut aussi remplacer le clavier ; voir notre guide de la dictée vocale.
Quand enregistrer plutôt que noter
Enregistrer devient utile quand les mots exacts comptent (un entretien, l'engagement oral d'un client), quand vous animez et ne pouvez pas noter, ou quand regarder la personne compte plus que la page, comme lors d'un rendez-vous client délicat.
Dans tous les cas, prévenez les participants avant de commencer. En France, enregistrer à leur insu des paroles prononcées à titre privé est un délit ; les règles sont détaillées dans Enregistrer une réunion au travail : ce que dit la loi. Un enregistrement ne trie rien par lui-même : il faut ensuite le transcrire et en extraire les décisions, avec les outils décrits dans Transcrire un audio en texte.
Notus fait cette étape : un bouton lance l'enregistrement, et la transcription et le résumé arrivent sur le téléphone une trentaine de secondes après la fin, traités et hébergés en France. Si vous avez une réunion par semaine et que vos notes vous suffisent, vous n'en avez pas besoin : un carnet et la méthode Cornell feront très bien l'affaire.
Questions fréquentes
Comment prendre des notes rapidement ?
Écrivez moins. Notez les décisions, les chiffres, les noms et les questions ouvertes, avec vos mots, et laissez de côté les exemples que vous connaissez déjà. Une vingtaine d'abréviations toujours identiques et une ligne sautée entre deux idées font le reste.
Faut-il recopier ses notes au propre ?
Rarement. Recopier prend du temps et se fait souvent sans réfléchir. Compléter les abréviations, remplir la colonne de questions et écrire trois lignes de résumé prend dix minutes et vous oblige à vous souvenir.
La méthode Cornell marche-t-elle pour un livre ou une vidéo ?
Oui, et c'est même plus facile qu'en cours, puisque vous pouvez faire pause. Prenez une page par chapitre ou par vidéo, et remplissez la colonne de gauche à la fin de chacun.
Quelle est la meilleure méthode de prise de notes ?
Celle que vous relirez. Pour un contenu à réviser, Cornell ; pour un exposé structuré, le plan ; pour une comparaison, un tableau ; en réunion, les trois marques D, A et ?. Une fois la page relue, prenez cinq minutes pour vous tester sur la colonne de gauche.
Pour les réunions où vous préférez écouter qu'écrire, Notus enregistre d'une pression et rend transcription et résumé sur votre téléphone en une trentaine de secondes, avec un traitement et un hébergement en France.
Découvrir Notus →